A propos...

 « Notre mémoire est une fiction.

Cela ne veut pas dire qu’elle est fausse, mais que, sans qu’on lui demande rien, elle passe son temps à ordonner, à associer, à articuler, à sélectionner, à exclure, à oublier, c’est-à-dire à construire, c’est-à-dire à fabuler. »


Nancy Huston

photographie : Micky Cornet 2017

Camille Gallard

Née en 1983

Vit et travaille à Lille - Artiste associée de La Malterie depuis 2018.

 

Après des études à l’école des Beaux Arts d’Angers de 2005 à 2009, je filme d’emblée un regard sur soi, sur le corps. Dans le film : Touché (2007), je m’intéresse à la relation qui se crée entre patient et soignant au moment des toilettes quotidiennes. Afin de filmer l’intimité, il m’aura fallu trouver la juste distance pour respecter la pudeur des personnes âgées. Il ne s’agit pas d’occulter les corps vieillissants, les corps handicapés mais de les filmer avec délicatesse et pudeur. 

Se pose la question de comment aborder ces envers si délicats de la part de l’autre ?

Montrer ce que l’on n’ose regarder ou encore ce que l’on cache ? 

Comment se filme une relation qui en passe par le corps et la parole ?

 

    Dans les films : Pleine mère (2009) L’Avalée (2007) et Du côté du père  (2013), des familles ouvrent leur maison et leur intimité à ma caméra. Je poursuis ce travail commencé avec Touché en y adjoignant le langage. Je filme la parole poursuivant une recherche sur l’identité et la transmission. C’est en filmant la parole que se révèle «l’enfermement ». On entend pour voir ce qui se joue dans le cercle familial. Filmer l’autre en tant qu’être de parole, par le fait de se raconter, une personne s’inscrit verbalement dans le monde ; en racontant son monde, elle raconte le Monde.

Filmer la parole ouvre un espace d’écoute — une écoute attentive, critique, respectueuse des temps dont le discours, le récit, ont besoin pour se construire, pour  s’épanouir. 

C’est en 2018 avec Dis, dis, dyslexie , que je dévoile la première étape du portrait sonore de mon frère Bastien qui vit ce handicap. Il travaille en ESAT et souffre du regard des autres. Le rythme lent de sa parole et la justesse de ces mots sur sa situation, le raconte autrement. En décrivant son hors-norme, il remet en cause notre pensée du « normal ». D’une manière générale, je m’attache à ce que l’on puisse saisir un peu ce qui ne se voit pas à l’œil nu de l’intime et de la vérité de chacun.

  

    Mon travail évolue vers une réécriture du réel à Detroit avec le film: What is she going to find on the couch ? (2014).

Je fais s’aventurer le documentaire du côté de la fiction ;

Qu’est-ce qui est fiction et qu’est-ce qui est réel ?

Ce sont des espaces fictifs qui mettent le corps en mouvement autrement. J’avance à travers la chorégraphie, la fiction (le film : On est pas encore morts et la vidéodanse : Still The Sea). Durant les mois que je passe avec les habitants pour la préparation de On est pas encore morts, se tissent des relations de confiance, qui me permettent d’introduire l’énergie de la fiction, la liberté du geste chorégraphique, la légèreté et de l’humour. C’est dans de tels interstices que surgissent aussi d’autres éclats du réel. Je le réinterroge par d’autres angles en diversifiant les médiums : danse, performance, l’utilisation de différentes types de caméra : go pro, caméra étanche, caméra filmant au ralenti, et ainsi restituer les chemins à faire pour rencontrer le réel, pour voir autrement une réalité parfois un peu rude comme dans le film On a roulé sur la lune. Cela peut produire un décalage, une étrangeté qui attire l’attention, invite à réfléchir sur l’équivoque. Ces médiums qui sont des filtres peuvent aussi devenir révélateurs. Ces expériences sensorielles permettent aux spectateurs de saisir autre chose. C’est dans de tels interstices que surgissent aussi d’autres éclats du réel.

Pour Déplacements, je réalise un travail avec de jeunes adolescents scolarisés en milieu rural, en collaboration avec la chorégraphe Sabine Anciant.  Les gestes chorégraphiques et la parole des jeunes qui se déploient dans le film nous font glisser d'une relation quotidienne aux déplacements vers des interrogations intimes liées aux mouvements de l’adolescence. Quiconque parle devant une caméra offre son corps en tant que surface visible, un corps qui même à son insu s’exprime aussi et parfois fait dissoner le discours.  

 

 

Mon travail de films et de performances trouve sa place dans les cinémas, les centres d’art, sur des écrans géants en extérieur, et sous forme d’installations : autant d’espaces qui peuvent participer à une réécriture de la narration, à une relation renouvelée au corps du spectateur. Ces problématiques, liées à la diffusion des images, occupent particulièrement ses recherches actuelles.

 

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